La Malédiction du Sancy

C’est l’histoire d’un mec qui voulait se balader sur les crêtes du Parc Naturel de la région des volcans d’Auvergne mais qui n’y arrivait pas… Une histoire de deux épisodes mais qui ont toujours la même fin, à croire que le scénariste tourne en rond ou manque d’imagination. Laissez-moi vous raconter brièvement cette aventure où la frustration flirte avec la persévérance.

Tout d’abord soyons très clair sur le topo. On ne se parle pas ici du Mont-Blanc, de l’Everest ou bien du K2 mais d’une chaîne volcanique incroyable en plein milieu de la France et qui voit son point culminant atteindre les 1886 mètres ( Puy de Sancy ). Il y a quelques mois, j’ai pris la route avec mon ami Clément pour aller documenter ce Parc Naturel, seule preuve existante qu’un autre monde a pu exister ici il y a des milliers d’années. Un monde volcanique fait d’éruptions, de laves et de soufres… Tout avait été prévu et mon reportage avait déjà sa place dans le Volume 9 de Les Others ( si vous ne l’avez pas encore lu, il n’est pas trop tard…). Nous avions donc loué un van avec l’idée de passer la semaine à vivre sur la route de crête en crête, de Puy en Puy pour couvrir le sujet, Leica à la main, en plein mois de mai. C’est là que ma malédiction du Sancy a frappé la première fois, avec une météo passant du grand soleil à pluie et vent violent. Les crêtes n’étaient plus accessibles, les conditions nous faisaient baigner dans la boue et la mélancolie. Le reportage photo a quand même vu le jour mais sous un tout autre titre : “Trombes d’eau et coulées de laves”

“Vous n’avez pas réussi ? C’est hyper simple d’y aller pourtant, regarde les photos que j’ai faites là-bas l’année dernière”.

Ma mère

En rentrant sur Paris les échanges que j’ai pu avoir sur le sujet était toujours les mêmes. 90% des gens avaient déjà été sur les volcans et avaient dans les photos de leur téléphone des souvenirs ensoleillés ou non. Moi, je restais là, avec la frustration dans les bras à me dire que je n’avais vraiment pas eu de chance. C’est alors que Europcar m’a contacté pour me proposer d’y retourner, d’aller faire les photos que je voulais à la base faire et me balader sur les crêtes… enfin. Pour cela, ils m’ont mis à disposition un véhicule électrique ( High-five les écolos ! ) et laisser le soin d’organiser mon aventure. J’ai tout de suite envoyer un SMS à Clément pour que, lui aussi, puisse oublier l’odeur des chaussettes humides qui était resté gravée et associée à notre première tentative. Dans les bagages on a aussi embarqué Marwan, sportif inconditionnel qui ne connaissait pas non plus la région et qui voulait d’une part se faire une cure de Saint-Nectaire et également venir crapahuter sur le Sancy.

J’ai récupéré le véhicule chargé à 100% un vendredi midi dans le bureau Europcar de Diderot. L’expérience est jusque-là parfaite et les équipes sont super drôles. Ils s’intéressent à mon périple et prennent le temps de m’installer les applications nécessaires à mon voyage en véhicule électrique tout en me donnant des astuces pour gérer l’autonomie. Je ferme la porte de la Kia e-Niro et mets bien 30 minutes à m’habituer à l’absence de bruit. Soyons franc, j’aurais aimé vous dire que la route a été un régale, mais notre (més-)aventure a commencé ici par notre faute… Avoir un véhicule électrique nécessite un minimum ( voir maximum ) d’organisations et d’accepter de prendre le temps sur la route, tout ce que je n’avais pas sachant que je ne pensais qu’à une chose : Le Puy de Sancy.

En gros, nous avons roulé à 130 sur l’autoroute du Swagg avec le chauffage et la radio tout en faisant chanter le GPS… Je vous laisse imaginer les dégâts sur l’autonomie. Après une nuit entière à rouler, nous sommes arrivés épuisés à notre hôtel.

QUE LA FÊTE COMMENCE !

Je l’avais pourtant anticipé, du moins c’est ce que je pensais. J’ai regardé l’historique météo du lieu et comparé avec les photos postées sur visio-rando par des gens qui avaient fait la même randonnée à la même période. Tout était calé, prévu, géré et digéré… Sauf l’option averses de neige avec visibilité qui ne dépassait pas les 50 mètres. Dans un costume de Jean-Claude Dus, je me retrouvais avec ma colère et ma frustration au pied du Sancy.

À ma petite échelle, j’avais l’impression de comprendre les alpinistes et explorateurs qui racontent arriver à quelques mètres d’un sommet mais devoir pour diverses raisons abandonner. Le mental en prend un coup, on se dit qu’on n’arrivera donc jamais à sortir la photo que l’on s’imaginait depuis des semaines. Je cherche à me persuader que c’est possible, qu’il faut au moins aller voir et tant pis si nous avons les pieds trempés dans la neige… C’est là que Clément et Marwan ont été précieux et m’ont plus remis dans le bon chemin en me faisant comprendre que c’était plus dangereux qu’intéressant comme idée. Nous n’avions ni raquettes, ni crampons, ni bâtons et la mention Gore-tex sur nos chaussures ne serviraient pas à grand chose… Tout est une question de fierté et d’honnêteté avec soi-même au final. Un gars du coin m’interpelle sur le parking et ne m’aide pas du tout à faire le deuil de mon week-end, lui et ses potes reviennent d’une rando’ ski et visiblement ils ont vraiment pris du bon temps… Moi, je reste planté là sans rien dire, sans pouvoir offrir une comparaison à ce que doivent être les paysages sur les crêtes du Sancy.
Clap de fin pour moi. Je jette l’éponge cette fois-ci encore.

Alors qu’elle est la morale de cette histoire ? À vrai dire je me le demande encore surtout quand désormais, tout le monde me lance des “Jamais deux sans trois…”.
Je ne suis pas sûr de revenir encore une fois tenter de photographier les crêtes de cette belle région. Il y a tant d’endroits à arpenter en France, je me dis qu’il faut aller voir ailleurs. Je retiens tout de même la gentillesse des gens de la région qui nous ont conseillé, orienté et amusé dans ce qui aurait pu rester un très mauvais souvenirs. Au lieu de cela, cette malédiction est devenue une histoire drôle que j’aime partager.

Et pour ceux qui voudraient ne pas se retrouver dans les mêmes conditions que moi, Les Others ont préparé un chouette article pour vous aider : https://www.lesothers.com/mini-guide-puy-de-sancy

 

 

 

 

Matthieu Tober

📷 @lesothers • #Freshairclub ⛰ Adventure Photographer & Illustrator.

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